
J'ai conçu et développé plus d'une quinzaine de SaaS, et je n'ai jamais fait deux fois le même. Les demandes des clients sont très variées. Mon travail consiste à passer de leur idée à un projet qui fonctionne, et à régler les défis techniques que cette idée cache.
Voici ce que j'aimerais que chaque fondateur sache avant de se lancer.
Qu'est-ce qu'un SaaS ?
Un SaaS (software as a service, ou logiciel en tant que service) est un logiciel qu'on utilise en ligne, sans rien installer, et qu'on paie le plus souvent par abonnement. Tous les clients utilisent le même service, mais chacun ne doit voir que ses propres données.
Une plateforme de mise en relation connecte deux groupes d'utilisateurs et se rémunère souvent par une commission. Un SaaS vend directement un outil à ses clients. Ce n'est pas le même produit, et les difficultés ne sont pas les mêmes.
Chaque SaaS est différent
Ce qui demande le plus de travail sur un SaaS, ce sont les modules développés sur mesure. Un SaaS se définit justement par ce qu'il fait de particulier, donc c'est rarement quelque chose qu'on peut reprendre tel quel d'un projet précédent.
C'est aussi pour cette raison qu'il est difficile de parler d'un SaaS « type ». Un SaaS avec une fonction unique est beaucoup moins long et complexe qu'un SaaS de type CRM, même si les deux portent le même nom.
Commencer par un POC ou un MVP
Quand un client veut créer un SaaS, je ne cherche pas à l'en dissuader. En revanche, je recadre souvent le projet pour limiter les fonctionnalités de départ, et je propose de partir sur l'une de ces deux formes :
- le POC (preuve de concept) sert à montrer que l'idée fonctionne et à la présenter ;
- le MVP (produit minimum viable) est la plus petite version que de vrais clients peuvent utiliser et payer.
La différence compte : un POC peut rester fragile, alors qu'un MVP manipule déjà de vrais comptes, de vrais paiements et de vraies données.
Pour faire ce tri, il faut d'abord écrire ce que le produit doit faire. C'est le rôle du cahier des charges, même court.
L'abonnement, bien plus qu'un prix par mois
« Je veux mettre un abonnement à 15 € par mois. » Souvent, la réflexion s'arrête là. Or il reste beaucoup de règles à décider :
- mensuel, annuel ou les deux : y a-t-il une remise sur l'annuel, et que se passe-t-il au renouvellement ?
- la résiliation : quand le client peut-il partir ? Le rembourse-t-on au prorata du temps restant, ou ne rembourse-t-on rien sur la période en cours, avec un accès maintenu jusqu'à son terme ?
- les impayés : si une carte est refusée ou expirée, combien de relances envoie-t-on, combien de temps l'accès reste-t-il ouvert, et que deviennent les données du client ?
Si vos clients sont des particuliers, la loi s'en mêle aussi. Le service souscrit en ligne doit pouvoir être résilié en ligne, en trois clics, et le client dispose en principe d'un droit de rétractation d'au moins 14 jours.
Les frais de paiement que l'on ne voit pas
Le prestataire de paiement est l'autre angle mort. Prenons Stripe et un abonnement à 15 €, payé avec une carte européenne classique. Stripe prélève environ 1,5 % + 0,25 € sur le paiement, et son outil d'abonnement Billing ajoute environ 0,7 à 0,8 %.
Cela représente près de 0,60 € par mois, soit environ 4 % du prix (un simple ordre de grandeur : les frais sont bien plus détaillés, entre les encaissements, les décaissements et le reste, et sont à étudier au cas par cas). Comme une partie des frais est fixe, plus l'abonnement est petit, plus ils pèsent. Il faut aussi compter 15 € pour chaque litige ouvert par un client auprès de sa banque. Vérifiez la grille de Stripe au moment du lancement : les tarifs changent, et ils varient selon le type de carte.
La sécurité : séparer les données de chaque client
La sécurité est l'autre grand défi d'un SaaS. Plusieurs clients utilisent le même logiciel, et aucun ne doit pouvoir accéder aux données d'un autre.
Il y a deux grandes façons d'organiser les données :
- une base de données par client : les données sont physiquement séparées, mais il y a plusieurs bases à faire évoluer ;
- une base commune : tout est au même endroit, et chaque donnée est rattachée à un client par un identifiant.
Le bon choix dépend du projet. Dans tous les cas, les droits se gèrent à partir de ces identifiants, soit avec un middleware (un contrôle côté serveur par lequel passent les requêtes), soit directement dans la base avec les règles RLS de Supabase.
Rien de tout cela ne se voit à l'écran. Un SaaS peut avoir l'air terminé alors que ces règles sont mal posées, et c'est ce qui rend le sujet dangereux.
No-code, IA ou développeur ?
Je n'utilise jamais le no-code. Il y a tellement d'offres que je n'ai pas le temps de me former à chaque outil, donc je ne suis pas la bonne personne pour vous en conseiller un.
Les assistants de code, en revanche, ont beaucoup progressé depuis mon test de mars 2025. Avec Claude Code, Cursor, les outils d'OpenAI ou Gemini, on peut obtenir quelque chose de plus complet, à condition de bien cadrer.
Pour un fondateur seul, il faut bien comprendre une chose : toute la partie « sous le capot » n'est pas toujours bien pensée.
- Pour un POC ou pour présenter son idée, c'est le top.
- Pour une mise en production, où l'on joue avec des données d'utilisateurs, ce n'est souvent pas très fiable.
Et c'est normal. Un outil reste un outil : bien utilisé, avec des connaissances, il est très puissant. Sans ces connaissances, il s'arrête aux limites de celui qui l'utilise. Si vous avez déjà une version créée avec l'IA et que vous voulez savoir ce qu'elle vaut avant de l'ouvrir à de vrais clients, c'est l'objet d'un audit.
Combien coûte un SaaS ?
Il n'y a pas de prix type, puisque tout dépend de ce que le SaaS doit faire. Pour vous donner un repère, voici mes tarifs de départ :
- le cadrage : à partir de 1 200 € HT, déduit du développement si vous me le confiez ensuite ;
- le MVP : à partir de 10 000 € HT, pour 6 à 12 semaines de développement.
Le prix final dépend de ce que la première version doit faire. Un SaaS coûte ensuite de l'argent tous les mois : hébergement, services externes, frais de paiement et maintenance. Ces coûts sont à estimer avant le lancement, au même titre que le développement.
Par où commencer ?
Avant de parler technique, essayez de répondre à deux questions : que doit pouvoir faire votre premier client, et selon quelles règles va-t-il payer ? Si « 15 € par mois » est votre seule réponse à la seconde, relisez la liste plus haut.
Je peux ensuite vous aider à faire le tri lors d'un cadrage : définir la première version, décider du fonctionnement des abonnements et chiffrer le projet. Et si vous voulez confier la suite à la même personne, je peux aussi développer votre SaaS, du MVP à la maintenance.
Questions fréquentes
Combien coûte la création d'un SaaS ?
Il n'y a pas de prix type : un SaaS avec une fonction unique est beaucoup moins long et complexe qu'un SaaS de type CRM. Pour donner un repère, je propose un MVP à partir de 10 000 € HT et un cadrage à partir de 1 200 € HT, déduit du développement si vous me le confiez ensuite.
Combien de temps faut-il pour créer un SaaS ?
Je compte 6 à 12 semaines pour une première version. Le délai dépend surtout des modules à développer sur mesure et de la façon dont les abonnements doivent fonctionner.
Peut-on créer un SaaS avec l'IA ?
Pour un POC ou pour présenter son idée, oui, c'est le top. Pour une mise en production avec des données d'utilisateurs, ce n'est souvent pas très fiable sans les connaissances techniques nécessaires, car tout ce qu'il y a sous le capot n'est pas toujours bien pensé.
Peut-on créer un SaaS en no-code ?
Pour tester une idée, c'est une piste. Je n'utilise pas ces outils moi-même : il y a tellement d'offres que je n'ai pas le temps de me former à chacune, donc je ne suis pas la bonne personne pour vous en conseiller une.
Quelle est la différence entre un POC et un MVP ?
Un POC sert à montrer que l'idée fonctionne et à la présenter. Un MVP est la plus petite version que de vrais clients peuvent utiliser et payer : il doit donc être fiable sur les comptes, les paiements et les données.
Faut-il une base de données par client ?
Pas forcément. Certains SaaS ont une base par client, d'autres une base commune. Dans tous les cas, les droits doivent être gérés à partir de l'identifiant de chaque client, pour qu'aucun ne puisse voir les données d'un autre.