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Lancer un projet

J'ai rédigé mon cahier des charges avec ChatGPT : et maintenant ?

ChatGPT écrit en une soirée un cahier des charges de 40 pages. Il oublie juste de vous dire ce qui peut attendre, et c'est souvent ce qui fait exploser le budget.

Par Maxime7 min de lecture

Des feuilles éparpillées et froissées sur une table sombre, au-dessus desquelles flotte un petit paquet de pages entouré d'un halo doré, image d'un cahier des charges réduit à l'essentiel

Je reçois de plus en plus de cahiers des charges rédigés avec ChatGPT. Ils font souvent 30 à 40 pages, ils sont bien structurés, bien écrits, et ils ont tous le même défaut : tout y est présenté comme indispensable.

Le dernier en date concernait un logiciel en ligne vendu sur abonnement. Entre 30 et 40 pages, en trois versions successives. Le document était à la fois trop long et pas assez précis : décousu, très technique par endroits, et flou sur les points qui comptaient vraiment. Le plus dur n'a pas été de le lire, mais de tout remettre en ordre pour pouvoir enfin lister ce qu'il fallait construire.

Ce n'est pas un reproche. Utiliser ChatGPT pour mettre son idée au propre est une bonne idée. Mais entre ce document et une plateforme qui tient dans votre budget, il reste un travail que l'IA ne fait pas à votre place : choisir. Voici comment je m'y prends avec mes clients.

Ce que ChatGPT fait bien

Soyons justes : un cahier des charges rédigé avec l'IA a de vraies qualités.

  • Il met l'idée au propre. Vous aviez des notes éparses, un fichier de remarques, des captures d'écran. Vous avez maintenant un document structuré, que quelqu'un d'autre peut lire.
  • Il évite les oublis. Mot de passe oublié, conditions générales, notifications, suppression de compte : l'IA pense aux sujets que l'on oublie quand on décrit son projet pour la première fois.
  • Il m'aide à comprendre votre projet. Quand un porteur de projet arrive avec un document, même trop long, je comprends plus vite ce qu'il a en tête qu'avec une idée racontée en dix minutes.

Le problème n'est donc pas l'outil. Le problème, c'est ce qu'on fait du document ensuite.

40 pages où tout est indispensable

ChatGPT a tendance à en rajouter. Vous lui décrivez une plateforme de réservation, il vous propose aussi une application mobile, un programme de fidélité, une messagerie en temps réel, un tableau de bord statistique, un système de recommandation, le multilingue et un chatbot. Chaque idée est raisonnable prise seule. Ensemble, elles décrivent un produit qui demanderait des mois de développement.

Et rien dans le document ne dit ce qui compte le plus. Tout est rédigé sur le même ton, au même niveau de détail.

Pour un développeur, cela pose deux problèmes.

Le devis gonfle. Chaque ligne écrite doit être chiffrée. Quand une fonctionnalité est floue (« l'utilisateur peut suivre son activité »), le développeur doit deviner ce qu'elle recouvre, et il prend une marge. Multipliez cette marge par cinquante fonctionnalités : le devis dépasse vite votre budget, sans que vous sachiez quelles lignes vous pourriez retirer.

Certains développeurs ne répondent pas. Lire, comprendre et chiffrer 40 pages prend une journée de travail, rarement payée. Face à un document de cette taille, un freelance déjà occupé passe souvent son tour, ou envoie une estimation très large pour ne pas se tromper.

Ce que ChatGPT ne sait pas de votre projet

L'IA écrit à partir de ce que vous lui donnez, complété par ce qui se fait en général. Elle ne connaît pas :

  • votre budget, ni ce que coûte chaque fonctionnalité ;
  • vos premiers clients, ce qu'ils attendent vraiment, et ce qui les fera payer ;
  • ce qui peut attendre : pour elle, une fonctionnalité citée est une fonctionnalité à faire ;
  • les coûts cachés : frais de paiement, vérification d'identité des vendeurs, services facturés à l'usage, maintenance. J'en parle en détail dans l'article sur la création d'une plateforme de mise en relation.

C'est pour cela que le document doit être repris par vous, puis par la personne qui va le développer.

Réduire le document à un MVP

Un MVP, ou produit minimum viable, c'est la plus petite version de votre plateforme que de vrais clients peuvent utiliser et payer. Voici la méthode que j'applique pendant un cadrage, en quatre passes.

1. Écrire la phrase du projet

Une seule phrase : qui paie qui, et pour quoi. Par exemple : « Les particuliers réservent et paient en ligne un cours chez un coach, et la plateforme garde une commission. » Si cette phrase est difficile à écrire, le reste du document ne pourra pas être priorisé.

2. Décrire le parcours principal

Le chemin le plus court entre l'arrivée d'un client et le moment où l'argent circule : il arrive, il cherche, il choisit, il réserve, il paie, le prestataire est prévenu, le prestataire est payé. Tout ce qui sert ce parcours est prioritaire. Tout le reste est à discuter.

3. Trier en trois colonnes

Reprenez chaque fonctionnalité du document et rangez-la dans une colonne :

  • Lancement : sans elle, le parcours principal ne fonctionne pas, ou un client refuse de payer.
  • Version suivante : utile, mais on peut lancer sans.
  • Plus tard : à décider avec les retours des premiers utilisateurs.

La question qui tranche presque tout : « Si cette fonctionnalité manque le jour du lancement, un client refuse-t-il de payer ? » Si la réponse est non, elle quitte la première colonne.

Bon réflexe : gardez les colonnes « version suivante » et « plus tard » dans le document. Rien n'est jeté, tout est simplement remis à sa place. Vos développeurs savent ainsi où va le projet, et construisent la première version pour qu'elle puisse accueillir la suite.

4. Chiffrer et couper jusqu'au budget

Une fois la première colonne chiffrée, on compare avec le budget. Si ça dépasse, on cherche des solutions plus simples pour la même fonction : un back-office sobre plutôt que sur mesure, des notifications par e-mail plutôt qu'une messagerie en temps réel, une seule façon de payer au lieu de trois.

C'est ce que nous avons fait sur ce projet : un découpage en trois étapes, MVP, version 1 et version 2, construit avec le client. Je chiffrais chaque bloc et je le guidais avec mon expérience : ce qui est indispensable pour lancer, ce qui peut attendre, ce qui coûte cher pour peu de valeur. La décision finale lui revenait, parce que c'est son projet. Plusieurs modules sont ainsi passés après le lancement, et le MVP retenu coûtait presque deux fois moins cher que la version complète du document.

Tenir le budget n'est pas le seul objectif. Le MVP sert à mettre la plateforme entre les mains de premiers clients, les clients pilotes, puis à repérer les fonctionnalités qu'ils réclament et les remarques qui reviennent le plus souvent. C'est sur cette base que se décide la suite du développement, plutôt que sur des suppositions.

Ce qu'il faut ajouter

Un cahier des charges rédigé avec l'IA est souvent trop long, et pourtant il lui manque presque toujours les mêmes informations.

Le budget. Beaucoup de porteurs de projet hésitent à l'écrire, de peur qu'on remplisse l'enveloppe. C'est l'inverse : sans budget, impossible de proposer le bon niveau de solution. Une fourchette suffit.

Le parcours principal, écrit avec vos mots, étape par étape, comme ci-dessus.

La circulation de l'argent. Qui paie, combien, à quel moment, quelle commission garde la plateforme, et quand le prestataire est payé. C'est ce qui décide de la solution de paiement, et une bonne partie du budget.

Ce que vous ferez au quotidien. Valider des comptes, rembourser un client, répondre à un litige : c'est ce qui définit le back-office, souvent absent des documents générés par l'IA.

Votre échéance, et ce qui la justifie : une saison, un salon, un prêt qui commence à courir.

Utiliser ChatGPT autrement

Vous pouvez continuer à vous servir de l'IA, mais pour faire le tri plutôt que pour ajouter. Quelques demandes qui fonctionnent bien :

  • « Voici mon cahier des charges. Classe chaque fonctionnalité en trois catégories : indispensable au lancement, version suivante, plus tard. Justifie chaque choix en une phrase. »
  • « Quelles fonctionnalités de ce document pourrais-je remplacer par une action manuelle au début ? »
  • « Pose-moi les dix questions qu'un développeur me poserait avant de chiffrer ce projet. »

La dernière est la plus utile. Les réponses que vous y apporterez valent souvent plus que les pages générées au départ.

Le modèle de cahier des charges

Si vous préférez repartir d'une trame courte, voici celle que j'utilise, au format Word, avec des questions et des exemples dans chaque rubrique. Elle est expliquée en détail dans l'article sur le cahier des charges d'une application web.

Modèle de cahier des charges d'application web

Les questions à se poser, un exemple complet et des cadres à remplir pour chaque rubrique.

Word · 12 rubriques · 10 pages
Télécharger Modèle de cahier des charges d'application web

Et si vous voulez de l'aide

Relire un cahier des charges rédigé avec ChatGPT, le réduire à l'essentiel et le chiffrer, c'est exactement le travail d'un cadrage. Vous repartez avec un document court, priorisé et prêt à être confié à un développeur.

Et si vous voulez que ce développeur soit moi, le prix du cadrage est déduit du développement de votre plateforme.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser un cahier des charges rédigé avec ChatGPT ?

Oui, comme point de départ. Il montre ce que vous avez en tête et évite d'oublier des sujets. Mais il est presque toujours trop long et sans priorités : il faut le relire, couper, et décider ce qui fait partie de la première version avant de demander des devis.

Pourquoi un long cahier des charges fait-il monter les devis ?

Parce que chaque fonctionnalité écrite doit être chiffrée. Face à 40 pages où tout paraît indispensable, un développeur chiffre tout, ajoute une marge pour ce qui est flou, ou ne répond pas. Un document court et priorisé donne des devis plus bas et plus faciles à comparer.

Comment réduire un cahier des charges à un MVP ?

Écrivez d'abord en une phrase qui paie qui, et pour quoi. Décrivez ensuite le parcours principal, de l'arrivée d'un client jusqu'au paiement. Puis classez chaque fonctionnalité en trois colonnes : indispensable au lancement, version suivante, plus tard. Seule la première colonne entre dans le MVP.

Que faut-il ajouter à un cahier des charges généré par l'IA ?

Ce que l'IA ne peut pas deviner : votre budget, le parcours principal de vos clients, la façon dont l'argent circule (qui paie, quelle commission, quand le reversement), ce que vous devez gérer au quotidien dans le back-office, et ce qui peut attendre.

Parlons de votre projet.

Un appel de 30 minutes, sans engagement. Vous m'expliquez où vous en êtes, je vous dis franchement si je peux vous aider.